HISTOIRE / Atteinte de la sclérose en plaques depuis mes 23 ans, j’ai toujours refusé tout traitement allopathique et me suis orientée vers un chemin thérapeutique moins conventionnel. Après un long parcours rempli de hauts et de bas, je vis aujourd’hui en harmonie avec celle que je nomme ma meilleure ennemie. C’est ce chemin que je souhaite partager pour présenter une expérience, emprunte de résilience, et une autre façon de percevoir les épreuves que nous traversons. Car, au final, elles sont souvent des messages pour apprendre à mieux nous connaître et trouver le moyen de vivre en phase avec nous-mêmes.

 

Synopsis : dans le chapitre 28, je racontais mon expérience chez Amnesty International, le challenge que c’était pour moi au quotidien d’arriver à dépasser mon manque de confiance en moi. Le jour de la fin de mon stage, alors qu’on me proposait un poste au Cambodge, j’aperçus qu’il m’était impossible de m’expatrier. J’avais axé toutes mes études là-dessus : un rêve d’expatriation. Ma sclérose en plaques me permettait de me rendre compte qu’il s’agissait en réalité d’une simple projection, une sorte de fantasme. En réalité, si je prenais soin de moi, je ne souhaitais pas accepter ce poste.

 

Retour à la case départ

 

Evidemment, le fait de fermer cette porte me ferma de nombreuses options. Alors que personne, dans mon milieu professionnel, ne comprenait mon choix, celui-ci résonnait juste pour moi.
Mais il souleva une autre problématique : qu’est ce que j’allais bien pouvoir faire maintenant ?

Je devais quitter mon appartement londonien et j’arrivais à Paris, sans trop de projets, ni même d’endroit pour vivre. Ce fut un ami à moi qui me proposa de m’héberger le temps que je trouve un travail.

Oui mais voilà ! A 25 ans, je me retrouvais avec un cursus en droit pénal international, étant bilingue en anglais et, bien évidemment, tout le monde me conseillait d’aller chercher un poste de juriste dans une entreprise qui pourrait être intéressée par un parcours comme le mien. Cependant, je voyais tous mes amis, juristes juniors, travailler d’arrache-pied, ne comptant pas leurs heures, dans des rythmes frénétiques, cumulant leurs activités professionnelles avec de nombreuses activités le soir et dormant à peine 5 ou 6 heures chaque nuit.

En l’occurrence, ils menaient une vie de jeunes de 25 ans. Le décalage avec le mode de vie que j’essayais de mettre en place était trop grand et je sentais au fond de moi qu’un rythme comme celui-ci ne conviendrait pas au fragile équilibre que je m’efforçais de maintenir. Quelque chose m’empêchait de me mettre en mouvement. Je me sentais comme paralysée à l’idée de mener la même vie qu’eux.

 

L’ennemi numéro 1 de ma sclérose en plaques : se sentir paralysée

paralysée

Photo de Patrick Clément

 

Cette période dura huit mois, huit mois pendant lesquels je fus incapable de chercher du travail, incapable de me projeter dans un emploi, n’importe lequel.

Si je regroupe avec ce que j’exprimais dans mes chapitres sur le décodage biologique , un des plus grands blocages de la sclérose en plaques est la mise en mouvement. C’est ce que j’entends par le fait de sen sentir paralysée face à l’action. J’ai tellement peur d’échouer que mon corps se bloque. 

J’avais conscience de cela. Mais j’étais incapable de me projeter. Aujourd’hui, avec le recul, j’ai aussi pris conscience que le milieu professionnel dans lequel j’évoluais ne me correspondait pas du tout. Ce n’était pas la voie professionnelle qui me plaisait. J’avais mis beaucoup de projections sur le milieu des ONGs, de l’humanitaire, avec toute ma candeur de jeune fille pleine d’insouciance et d’hédonisme.

Finalement, heureusement que ma sclérose en plaques m’a évitée de partir travailler au tribunal des Khmers Rouges, au Cambodge. En tant qu’hypersensible, je n’aurais jamais été capable d’endurer les récits tous plus horribles les uns que les autres sur la souffrance vécue ce pays.

Mais, à cette époque-là, je n’avais pas cette conscience. Et tout ce que je voyais c’est que j’avais un cursus qui pouvait plaire dans un certain domaine d’activité. Ce que je ne voyais pas c’est que, inconsciemment, ce domaine d’activité ne me plaisait pas.

Et je restais immobile, comme paralysée, sans oser chercher un emploi, ni savoir où chercher, quoi chercher, sans m’estimer capable de travailler dans tel ou tel domaine. J’étais pressurisée par mon entourage de toute part, personne ne comprenait et moi, encore moins que les autres !

Aujourd’hui je veille ardemment à ne pas rester trop longtemps dans l’immobilisme. Je ressens plus facilement si mon corps est en tension face à telle ou telle situation. Mais, dans le passé, c’est une posture que j’ai adopté bien souvent. Je ne me connaissais pas assez pour prendre conscience de ce qui pouvait me bloquer. 

Et, vu la tension nerveuse qui m’habitait à cette période, si je n’avais pas eu un instinct de survie à retourner voir une thérapeute, je pense que la poussée n’aurait pas été bien loin.


2 commentaires

lharidon j-j · 14/06/2018 à 08:20

j’ignore si tout les SEPIENS sont des personnes hypersensibles , pour moi cette cela se traduisait par une déstabilisation par une perte d’énergie face à des personnes mal intentionnées que je ressentais face à leur contact , j’étais alors importateur exclusif d’une marque de véhicule de loisirs , et parfois sollicité.
Je me rappelle également l’autotest , le défi lancé à moi même , lors d’un séjour professionnel aux U.S à Las Végas ou se tenait un salon , à Louxor Hotel (pyramide) se tenait à l’époque des « jeux » pour adultes en très bonne santé , chute dans le vide d’un ascenseur avec projection 3D cris etc suivi d’un second parcours pour les plus aguerris : guerre de soucoupes (attelage obligatoire) durée 20 minutes , l’accès étant contrôlé par du personnel avec speech recommandations avant l’accès , je me suis lancé dans cette aventure pour me tester , à 15 h30 de l’après midi j’étais de retour à mon hôtel lessivé , mais heureux et valide ! 3 semaines après une hospitalisation de 5 jours.
Aujourd’hui en retraite si je dois me déplacer ,ou partir en vacances , la SEP revient toujours en mémoire en cas de récidive , comprimés à emporter , assurance rapatriement ! et lieux ou pays ou l’on se rend .

Je comprend très bien votre réflexion et votre choix , en même temps c’est parfois un mal pour un bien , rien n’est totalement négatif ,mais la SEP en nous , nous pousse à faire d’autres choix

    Lisa · 15/06/2018 à 11:13

    Merci Jean-jacques pour ce commentaire. Et cela me fait penser au fait qu’il faudra que j’écrive un article sur la côté hypersensible des sépiens. Pour le coup, je suis assez étonnée de cette caractéristique chez toutes les personnes que je rencontre à travers mon blog. Je ne sais pas trop l’origine (ou alors peut-être que c’est parce que nous avons ce trait de personnalité que nous réagissons plus fortement aux émotions et que notre corps réagit plus fortement°. Il y aurait quelque chose à creuser là dedans !
    Et disons que la SEP sous pousse à aller vers le choix qui nous correspond. Je suis persuadée qu’elle vient nous rendre visite lorsque nous nous écartons de notre chemin personnel …

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