HISTOIRE / Atteinte de la sclérose en plaques depuis mes 23 ans, j’ai toujours refusé tout traitement allopathique et me suis orientée vers un chemin thérapeutique moins conventionnel. Après un long parcours rempli de hauts et de bas, je vis aujourd’hui en harmonie avec celle que je nomme ma meilleure ennemie. C’est ce chemin que je souhaite partager pour présenter une expérience, emprunte de résilience, et une autre façon de percevoir les épreuves que nous traversons. Car, au final, elles sont souvent des messages pour apprendre à mieux nous connaître et trouver le moyen de vivre en phase avec nous-mêmes.

 

Synopsis : dans le chapitre 25, je racontais ma découverte de la notion de mémoires transgénérationnelles, cette notion de drame familial, de secrets de familles souvent non-dits qui bousculent et hantent les générations les unes après les autres. Je ne savais pas trop comment me positionner face à cette découverte. Cela me paraissait un peu farfelu et je restais dubitative. Mais en travaillant sur l’histoire de ma propre famille, je me rendis compte à quel point le drame et ma blessure de l’abandon y étaient omniprésents. 

 

La problématique de l’abandon…

l'abandon

Je connaissais ma faille : l’abandon. Lors de ma première thérapie, à mes 19 ans, j’avais commencé à aborder cette problématique. Je n’avais toutefois jamais réellement pris conscience de son impact dans ma vie.

Pourtant mes relations sentimentales, voire amicales, étaient souvent chaotiques, s’inscrivant dans un même schéma que je rejouais sans cesse. Cette thérapie m’avait alors permis de mettre le doigt sur ce schéma en me remémorant ce moment de mon enfance empreint de profonde solitude et de détresse. J’avais donc creusé le sujet avec mes parents, qui m’avaient expliqué leur crise conjugale et la raison de  » l’abandon  » temporaire chez mes grand-parents.

Mais, comme je l’ai indiqué, la connaissance de cet événement à l’âge adulte ne me faisait pas mesurer l’impact que cela avait pu avoir sur moi en tant qu’enfant. A 24 ans, je comprenais tout à fait la contrainte de mes parents, le choix de me placer chez mes grand-parents. Pourtant, quelque part, cette blessure d’enfant restait grande ouverte.

Cette thérapie avait été très brève et, dans la foulée, je partais en Angleterre pour vivre mon année Erasmus. Il me faudra longuement retravailler dessus par la suite pour arriver à la refermer et mettre en place dans ma vie une relation sentimentale équilibrée.

 

… au coeur de mon histoire familiale

 

Je me penchais alors sur cet exercice, à savoir la réalisation de mon arbre. Je connaissais certains éléments de mon histoire familiale, concernant mes grands-parents, maternels et paternels mais je n’en avais jamais pris la réelle mesure. J’ai même encore appris certaines choses dernièrement, alors que je me lançais dans l’écriture de ce récit, en le faisant lire à mes parents.

Même si je savais que l’abandon était une blessure courante dans ma famille, c’est par ce biais que je pris finalement conscience des faits suivants :

Côté maternel :

Mon arrière-grand mère maternelle était née de père inconnu, ma grand-mère maternelle n’avait, elle aussi, pas été reconnue par son père. Ma mère, à l’époque, m’a confia que, durant son enfance, elle avait dû être placée en isolement suite à une maladie infectieuse, ses parents ne pouvant absolument pas l’approcher pour ne pas être contaminés à leur tour. Comme raconté précédemment, le couple de mes parents battit sérieusement de l’aile pendant mon enfance, mon père hésitant à quitter ma mère.

Mon grand-père maternel, lui, était le petit dernier d’une fratrie de quatre garçons, dont la mère avait fuit le domicile conjugal alors qu’il était encore tout jeune. Par la suite, il quittera ma grand-mère, après l’avoir beaucoup trompée, l’année des dix-huit ans de ma mère.

Côté paternel :

Mon grand-père n’avait jamais été reconnu par son père et avait été élevé par une « fille-mère » selon les termes de l’époque, ce qui constituait alors une terrible honte. Il grandit avec ce fardeau et vécut régulièrement le rejet de ses camarades pour cette raison.

Et, récemment, j’ai aussi appris que ma grand-mère paternelle n’avait pas été désirée, mon arrière-grand-mère étant retombée enceinte tout de suite après son deuxième enfant. Elle avait alors fait appel à une « faiseuse d’anges » pour avorter. L’avortement avait échoué, ce qu’elle ne réalisa qu’à 7 mois de grossesse. Elle fit alors une profonde dépression, rejetant ma grand-mère les premières années suite à sa naissance.

 

Mis bout à bout, je pris alors conscience de l’omniprésence de l’abandon et du rejet à tous les niveaux de ma famille. La lignée de femme de laquelle j’étais issue était complètement plongée dans ce « drame » et rejouait le scénario génération après génération.

Je ne suis pas remontée plus haut mais, à l’époque où j’avais fait cet arbre, seule ma mère avait sublimé cet événement traumatique. Suite au conflit avec mon père, elle avait commencé un long travail thérapeutique, qui lui permit sans doute de réparer son couple afin de ne pas rejouer la même histoire et, surtout, de trouver sa voie par la suite, en devenant à son tour thérapeute.

 

Je me retrouvais donc là, au croisement de ces lignées générationnelles où l’abandon avait la place centrale. Je prenais aussi connaissance, à travers mes différentes lectures et thérapies, du poids de cette blessure dans le décodage de la sclérose en plaques…

Je ne sais pas aujourd’hui quelle place donner à tout cela, je dois même avouer que j’ai longuement hésité avant de publier ces trois derniers chapitres … Pourtant, ils font partie de la compréhension que j’ai de ma maladie. J’ai longtemps travaillé sur l’abandon, car cette blessure a eu la place centrale dans mon développement personnel. Je sais aussi que le jour où j’ai réussi à en sortir, à la panser, ma sclérose en plaques a réellement commencé à aller mieux !

Et c’est ainsi que j’ai commencé ce long chemin pour apprendre à mieux me connaitre.

 

Catégories : V - La Reconstruction

4 commentaires

jean-jacques · 03/05/2018 à 06:08

perso , j’avais 8 et 9 ans quand mais parents m’ont inscrit en colonie de vacances durant 1 mois sans visite de leur part , tout les dimanches des parents rendaient visite à leurs enfants , j’étais présent à l’arrivée des cars déçu j’allais sur la décharge de la colonie jeter des cailloux sur les lézards verts nombreux à cette époque , mes parents partaient à La Baulle avec mon frère ainé ? Ma place au sein de la famille à toujours été secondaire , j’ai pris très vite cette indépendance et je n’ai jamais échangé avec mes parents pour un conseil ou autre , mais je n’ai jamais souffert de la jalousie , avec le recul j’ai compris pourquoi cette place , en effet ma mère et sa propre mère à l’époque ont élevé un cousin germain (+ 80 ans aujourd’hui) enfant « naturel » abandonné par sa mère (soeur de ma mère) , cet enfant à reçu l’amour de ces deux femmes , ce cousin compte beaucoup pour moi malgré la différence d’age , et il est un peu responsable du manque d’intérêt de ma mère pour ce garçon (moi) venant en troisième position et un garçon encore ! à travers votre écrit je comprend mieux la réaction de mon petit fils ( Ethiopie) adopté par ma fille qui pendant longtemps avait du mal à quitter la maison plus d’une demie journée ( peur de l’abandon) , et avait besoin d’avoir toujours les clefs de la maison sur lui ! aujourd’hui cet un ado est bien dans sa tête , mais curieusement chez ses grands parents (nous) ce problème existant à l’époque ne s’est jamais poser pour lui et pour nous , nous devions probablement représenter pour lui une certaine sécurité !
Merci encore de partager votre vécu , je comprend cette peur de l’abandon .
je vous souhaite Lisa une délicieuse journée ; Jean-Jacques

    Lisa · 03/05/2018 à 10:17

    Merci à toi Jean-Jacques pour ce retour très touchant. Je te remercie pour tous tes écrits, tes mails, ton récit… Ton histoire est poignante et il est vrai, qu’à travers un récit pareil, je me dis qu’une sclérose en plaques cherche réellement à te faire passer un message. Je ne sais pas comment tu vis aujourd’hui avec ta maladie, mais je suis convaincue qu’il y a beaucoup de souffrances à exprimer (que tu exprimes déjà si bien à travers tes récits). Peut-être qu’en t’apaisant avec cette blessure, ton corps pourrait aussi le ressentir. Je ne dis pas que le chemin est simple ou rapide. Mais cela peut être un endroit à creuser si cela te parle.
    Belle journée à toi et plein de douceur !
    Lisa

anahitapoulzadeh · 23/05/2018 à 22:28

oui oui et oui… rapport avec la maladie – voir les blessures de Louise Bourbeau..

Chapitre 27 - V. la Reconstruction - 8. Fini la peur de faire une poussée ! · 16/05/2018 à 11:03

[…] : dans le chapitre 26, je prenais conscience du poids de la blessure d’abandon au cœur de mon histoire familiale. […]

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